19/11/2008
Résistance utérine !
Ton géniteur a posé sa graine et s'est enfui à l'annonce de ton installation dans "mon intérieur", plus jamais il n'a donné signe de vie ! Il m'a laissée là, seule avec mon oeuf !... Ce fut le début de ta vie mon fils, tu as été conçu en amont d'une fuite, d'un abandon, lâcheté, peur d'une paternité je ne le saurai jamais, toi non plus sans doute.
Annonce trop brutale, trop soudaine, nous nous connaissions depuis peu.
Tu es sensible, discret et pudique, tu ne poses aucune question sur cette fuite en avant et sur ces premiers mois de ta conception, trop peur de raviver chez ta mère des souvenirs douloureux. Je sais pourtant que tu souffres de cette paternité non reconnue, qu'une blessure est là au fond de toi non cicatrisable, sans doute très légitimement dans ton fond intérieur souhaites-tu mettre un jour un visage sur ce père inconnu.
Cette gestation soudaine m'épouvantait, tu étais au stade embryonnaire et moi à l'aube d'une vie de jeune femme, je n'avais que 19 ans, c'était en 1965, la pilule n'existait pas. Ta vie et la mienne réclamaient à cohabiter ensemble, je vomissais tous les matins. Toi tu t'accrochais, moi je voulais expulser.... Un tel chambardement dans mes entrailles provoquait en moi un conflit intérieur insoutenable. Cette dualité placentaire a duré quatre mois. Quatre mois interminables de questionnements multiples, que vais-je faire, comment vais-je assumer ce bébé, je venais de mettre un terme à mes études et je n'avais pas encore de travail, j'habitais chez mes parents (Georgia et Eugène), j'étais juste à ce moment crucial de la vie où l'on souhaite au plus vite son indépendance mais je n'étais plus seule, nous étions deux, tu devenais soudain l'usurpateur de mon avenir.
Jamais je ne t'ai parlé de ce désordre intérieur qui m'a envahi, je ne dormais plus, j'étais sans cesse à l'écoute de ce ventre qui allait grossir, je mangeais des kilos de citrons car j'étais habitée par des envies irrépréssibles de femme enceinte, je pleurais, j'avais peur de ce "qu'en dira t-on inévitable, j'étais hantée par ce jour où j'allais devoir annoncer cette nouvelle à Georgia et Eugène, et toi, de toutes évidences tu t'installais, tu me disais "je suis là maman, accepte moi" !....
J'étais seule avec mon secret, Eugène et Georgia ne voyaient rien, je serrais mon corps, je me gainais, je ne voulais en aucun cas que ce ventre s'arrondisse, je n'étais pas prête du tout à assumer une grossesse. et pourtant une ambivalence paradoxale me taraudait, je me voyais parfois avec ce petit bébé dans les bras, puis très vite je rejetais cette idée, Georgia était nourrice elle s'épuisait à élever des bébés il y en avaient en permanence à la maison, trop de maternage à mon goût!.... L'image de maman faisait sur moi l'effet miroir, je n'allais tout de même pas, si jeune, lui emboîter le pas ! Je refoulais avec force cette idée du possible, non, je n'étais pas prête pour ça !....
En parallèle je cherchais du travail, je passais des concours, cette petite voix intérieure me disait qu'il le fallait, que j'allais avoir deux avenirs à assurer. Très vite j'embrassais une carrière d'infirmière, à la visite médicale d'embauche je n'ai rien dit, j'ai bien caché mon secret, (trop peur qu'on ne me prenne pas), on m'a dit "tout va bien"... vous prendrez vos fonctions le 1er juin et au mois de septembre vous commencerez votre formation d'infirmière! (3 mois de grossesse ni vu ni connu...) je me lançais dans une aventure périlleuse !!!
La cohabitation avec mes parents, frères et soeurs, était de plus en plus difficile, je me sentais mal, je me cachais pour vomir, constamment au bord des larmes, je devenais susceptible, irritable, limite malaise, Georgia me croyait malade.
Puis vint le jour où je ne pouvais plus attendre, ma gaine "éclatait" tu prenais de plus en plus ta place, je m'épuisais à garder ce secret, ça me minait...., c'était inéluctable, je devais le dévoiler à ma famille au plus vite !
J'ai annoncé la grande nouvelle, ce fut un immense soulagement......Je n'étais plus dans ce terrible enfermement de solitude !
Georgia naîve et insouciante, égale à elle même, a accueilli cette nouvelle avec une joie immense "ma fille, je vais donc être grand-mère, mais c'est le plus beau cadeau que tu puisses me faire, mon dieu que je suis heureuse !
Eugène, plus réaliste et certainement inquiet pour mon devenir eut une réaction plus soucieuse, le "qu'en dira t-on" , sa fille, fille-mère à cette époque c'était mal vu, sa fierté en prenait un coup, il savait papa que les mauvaises langues du quartier allaient jacasser. Ce fut bien évidemment le cas, très prolixes et médisantes ça allait bon train, leur venin est devenu fertil, très fertil.... Certaines personnes ne trouvent leur centre d'intérêt "vital" qu'à travers les problèmes des autres, c'est bien connu !....
Quant à mes frères et soeurs voyant l'enthousiasme de Georgia qui "portait" avec moi cet enfant ils n'eurent pas d'autre choix que d'accepter eux aussi ce nouveau né à venir. Ce fut tout de même, je pense, assez troublant et déstabilisant pour eux.
Nous attendions tous une petite Maryline, un superbe garçon de 3kg900 a vu le jour ce 20 novembre 1965.
Le plus beau cadeau que je puisse te faire aujourd'hui mon fils c'est de te dire que malgré ces 4 mois de grossesse tourmentés tu as été le plus désiré des enfants. Tu as envahi ma vie très tôt et de façon inopinée mais j'ai arborais mon gros ventre avec fierté, j'étais au zénith de ma paix intérieure retrouvée, tu avais gagné !
Rien n'était trop beau pour toi, chacun t'admirait dans ton berceau de voiles blancs, tu étais magnifique et j'étais une jeune maman comblée, heureuse et apaisée.
Demain, mon fils, tu vas avoir 43 ans, à ton tour tu m'as fait les deux plus beaux cadeaux qui soient, mes deux petits enfants adorables.
Malheureusement, l'an dernier tu as perdu la personne qui (après ta petite famille) comptait le plus au monde pour toi, ta grand-mère Georgia, voici une lettre qu'elle t'écrivait pour tes 30 ans : Preuve que tu étais attendu comme le "Messie !
Je te souhaite un TRES BON ANNIVERSAIRE MON FILS. Ta maman qui t'aime.
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16/11/2008
Quelle ENERGIE ces séniors !

02:24 Publié dans l'actuel des soeurs | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
11/11/2008
EUGENE, SA GARE, SES TRAINS et SON SIFFLET....

Il était sur le quai, sa redingote SNCF bleu marine sur le dos et sa casquette à étoiles comme couvre-chef. Il donnait le départ des trains et nous, voyageurs assidus, nous étions fiers de notre père considérant que nous étions des voyageurs privilégiés car nous avions droit aux billets gratuits en tant qu'enfants d'employé de chemins de fer.
Nous prenions souvent la "micheline rouge" (quel joli nom pour un autorail) ! Pour ma part c'était mon moyen de transport quotidien pour aller au collège, j'aimais prendre cette Micheline, j'y retrouvais quelques copains et copines qui faisaient les trajets avec moi tous les jours. Ca nous donnait le temps aussi de réviser nos leçons, de finir de nous réveiller parfois, de rire de chahuter aussi.
Cette jolie "Micheline" nous emmenait également à la mer les beaux jours d'été, mais je pense que, ce que nous préférions, c'était les trains avec wagons compartimentés les trains avec 1ère et 2ème classe, parfois nous nous permettions de nous infiltrer en cati-mini dans les premières classes, pour nous c'était le grand luxe mais nous devions échapper au contrôleur, nos billets nous donnant accés uniquement aux 2ème classes, la première classe nous était accéssible moyennant un supplément mais ce n'était pas pour nous !
Notre grand plaisir était de nous "accaparer" un compartiment pour nous tous seuls, quand nous voyagions avec maman nous monopolisions un compartiment entier, normal, nous étions une "famille nombreuse"...Une fois installés dans le compartiment nous fermions la porte pour être chez nous, cette porte coulissante avec store en toile occultant que l'on baissait très vite afin que personne ne nous dérange. Savez-vous pourquoi ?? Tout simplement parce que notre grand plaisir était de grimper dans les filets à bagages qui nous servaient de couchettes. C'était la bagarre à chaque fois, celui qui grimperait le premier, notre pauvre maman avait bien du mal à rétablir le calme avant que chacun trouve sa place !
C'était pour nous un vrai bonheur de voyager allongés là haut, de faire le trajet en somnolant, bercés par le bruit des roues sur les rails de la voie ferrée, le roulement saccadé des wagons sur la voie, les annonces du contrôleur, le sifflet de vapeur de la locomotive strident et régulier, nous nous laissions aller à la rêverie et à notre imaginaire de Far West et de Cow Boy, the dream Américain ! C'était à chaque fois notre grande aventure !...
Je n'ai jamais oublié cette odeur très caractéristique des gares, ce guichet où tout le monde faisait la queue pour faire poinçonner son billet.
Lorsqu'il a été titularisé fonctionnaire SNCF Eugéne a fait toute sa carrière à la gare de Dinan , sa formation, il l'a faite dans différentes autres gares entre autre la gare St Lazare à Paris.
Cependant il devait continuer à "apprendre" pour grimper les échelons, il avait possibilité d'un plan de carrière, il pouvait devenir "chef de gare" alors il se formait pour passer des concours. Je me souviens que nous le faisions réciter ses leçons, il devait connaître par coeur le réseaux SNCF, les changements des trains, la localisation de chaque gare, la mécanique etc....
Parfois il travaillait en gare, parfois au dépôt ou aux ateliers, il travaillait de jour, de nuit, faisait les 3-8. En plein hiver je me souviens qu'il avait parfois très froid, il devait arpenter les voies pour mettre en place manuellement les aiguillages avant l'arrivée des trains en gare. De temps en temps il pouvait faire une pause dans une minuscule cabine du dépot pour "casser la croûte" un repas frugal préparé dans une gamelle en aluminium.
Loin de nous l'idée de la pénibilité de son travail, à l'époque nous n'étions pas vraiment conscients de cela !
Nous n'aimions pas quand papa travaillait de nuit car dans la journée nous devions faire "silence" à la maison. Maman ne cessait de nous dire "taisez-vous votre père dort, si vous le réveillez il sera de mauvaise humeur" !....Comment se reposer avec six enfants à la maison !
Eugéne a bien terminé sa carrière, il a gagné des étoiles sur sa casquette !
Pour ses 80 ans après un super déjeuner familial dans un grand restaurant de Dinan nous lui avons fait la surprise de l'emmener dans SA gare, le chef de gare en présence ce jour là lui a mis la casquette à étoiles et Eugène a eu le bonheur et la fierté de siffler le départ du train en partance pour une autre gare !....
Aujourd'hui Eugène prend du repos bien mérité, il va bien, sa casquette est à l'honneur sur le haut de son armoire et son sifflet dans son coffre. sans oublier ses 2 médailles du mérite pour son honorable carrière.
18:54 Publié dans histoire d'Eugene | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
04/11/2008
La Patrie reconnaissante !
20:58 Publié dans ENFANCE | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
03/11/2008
La côte de granit rose.
03:00 Publié dans Paysages | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
01/11/2008
Pour toi Maman
15:09 Publié dans l'actuel des soeurs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note










